Des Basques à Ambarès ? Et pourquoi pas des Corses à Ambès ? Il est 11 h 30, on est hier, et l'affiche « Les mondes basques » sur les vitres du pôle Ev@sion intrigue l'enfileur de clichés comme d'autres sont enfileurs de perles. Quelques photos dans l'entrée du complexe dont on aime toujours autant le vert et bois, mais l'essentiel est à l'intérieur. La salle de spectacle transformée en salle d'exposition : tout fout l'camp, ma brave dame.
Dès qu'on croise le regard de Pierre, on change de ton, on la joue profil bas, et on écoute le monsieur. Pierre Trounday. Basque comme la sardine est à l'huile, comme le beau football est à Lille. Président de l'association Ongi etorri qui rassemblent... les Basques d'Ambarès. « La deuxième vague d'émigrés sur la presqu'île d'Ambès s'est déroulée après la deuxième Guerre Mondiale, quelques décennies après les pionniers fin XIXe, raconte-t-il. Contrairement aux Basques qui s'installaient à Bordeaux, cette population était essentiellement ouvrière et venait travailler dans les industries pétrolières. »
Immersion
Pierre fonde son association en 1962 mais on a intérêt à préciser que Jeannot Lacroix avait avant lui fondé à Ambarès un groupe de danse traditionnel, sinon on risque de se faire appeler Arthur. En basque. « Il nous paraissait évident et naturel de le solliciter quand on a su que l'expo viendrait », glisse Pascal Déliac du pôle Ev@sion.
Et si à Ambarès et sous la houlette de Pierre, l'annuelle édition se déroule chaque mois de septembre, c'est bel et bien une deuxième fête des Basques qui démarre cette semaine. Des couleurs, des espaces, des écrans : il est 11 h 45 le voyage peut commencer. Créée en 2007 et conçue par l'Institut culturel basque (ICB), « Les mondes basques » effectuent seulement leur deuxième halte sur l'agglomération, après les Chartrons bordelais il y a deux ans, en cohérence avec la dimension numérique de l'équipement ambarésien.
Sous le premier porche, immersion éclectique et subjective dans la culture basque. Sous le chant de Beñat Achary, des paysages, des danses, des lieux emblématiques, Guggenheim et compagnie. Pas d'ordre, de hiérarchie, juste des flashs, déjà sans cliché. À la sortie, un premier ordi invite à jouer... avec les dialectes basques. Vous en aviez toujours rêvé et vous n'aviez jamais osé demander, hein c'est ça ? Et ben voilà. Trève de vanne : c'est assez intéressant car simple, rapide et ludique. Si, si.
Sur le coup de 12 heures, nous attend un cercle de bornes interactives où les multiples facettes de l'identité basque sont exposées, explosées : par mots-clés (habitat, gastronomie, géographie...), via des personnalités ou des anonymes, on cerne l'esprit du Pays Basque, réalisant qu'à l'instar de tous les autres, il est luxuriant, ouvert, passionnant. Et les paroles de Serge Betsen, le prestigieux rugbyman biarrot, ont autant de force que le clin d'oeil de Lisa Corcostegui, docteur en anthropologie à l'université de... Reno dans le Nevada. Cette dernière y a fondé Zorbat gara, un groupe de danse basque. Et John Wayne d'avaler son col.
Maire à moitié souletin
La diaspora se déploie sur une carte où sont recensées les présences d'associations ou relais basques de tous ordres. L'Argentine en tête, bien sûr. Pierre Trounday y sera pour les scolaires qui viendront visiter l'expo dès demain, un conférencier hors-pair. Il a découvert sur cette carte UNE présence au Japon. L'association ambarésienne a reçu récemment une lettre d'un étudiant japonais désespérant de continuer à apprendre le basque au pays du soleil levant. Les mondes basques. Les basques autour du monde. « Je suis souletin par ma mère », glisse Michel Héritié, le maire. Des Basques à Ambarès ? Oui, plutôt oui...
12 h 10. Sur un autre ordi, on fabrique soi-même une carte postale avec paysages, personnages et inscription au choix. Faut bien s'amuser un peu aussi, ho ! « On dit que tout ce qui porte un nom existe », dit l'un des proverbes disponibles. C'est quand même mieux que « Bons baisers d'Hendaye » ou « On a le soleil aux Basques ! », non ?
Après la discothèque aux chansons de toutes époques, le dernier porche mixe encore les cultures, traditionnelles et contemporaines, de Skunk à la pastorale. Quelques photos, puis un dernier film autour des ponts du Pays Basque, symbolique de transmission, d'échanges et de passage s'il en est.
AMBIANCE
Top chrono ou presque. Une heure passée avec un ou des personnages de la rive droite, connu ou pas, mais toujours à nos yeux intéressant : chaque mardi soixante minutes sur le vif.