ZONES HUMIDES. Les marais de la presqu'île ont été passés au peigne fin, mardi soir. Au-delà de leur préservation, la question de la montée des eaux a comme jeté un froid
Syndicat et Amis des marais de Montferrand ont été les principaux contributeurs à la Journée mondiale des zones humides. Les deux entités proposaient notamment mardi soir une conférence-débat, dans une Maison des associations, bien remplie, à Ambarès, sur le thème : Entre Garonne et Dordogne, au centre de la presqu'île d'Ambès, les marais intercommunaux de Montferrand, quel devenir ?
Après deux heures et demie d'interventions, il n'est pas sûr que le public soit reparti avec des réponses. En revanche, il a maintenant une connaissance des composantes essentielles du site. Son grand marais (180 ha), son petit (160 ha) en emprise sur seulement trois des sept communes adhérentes au Syndicat des marais, comme le rappelait son président Alain Combe. Un tour d'horizon complété par Pierre Bardou, figure des Amis des marais de Montferrand. Ce dernier calculait que la moyenne des zones humides représentent 37 % sur les communes d'Ambarès, Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Louis-de-Montferrand et Ambès. Sur une superficie totale de 2 800 ha, classée Natura 2000. Du nom de cette mesure européenne dont le but est de préserver la diversité biologique et valoriser le patrimoine naturel.
Un écosystème fragilisé
Bernard Velasquez, le scientifique des Amis des marais, a développé pendant près d'une heure le premier de ces deux objectifs. En mettant en avant « la composante exceptionnelle de l'hydrosystème de la presqu'île ». Encore « l'exceptionnelle productivité des trois éléments vitaux que sont l'eau, l'énergie lumineuse, les éléments minéraux », laquelle constitue « un écosystème très spécifique ».
Parmi les habitants, certains pourraient se laisser porter, comme le disait Pierre Bardou, par « le mode de vie très attachant de la presqu'île ». D'autres, vivant plus au contact du site, relèvent ici et là des transformations inquiétantes de la faune et de la flore. La présence de la loutre et de l'angélique des estuaires qu'ils citent souvent en exemple ne leur fait pas oublier la menace que représentent les espèces exogènes tels le ragondin, la tortue de Louisiane, mais aussi le myriophile du Brésil, le raisin d'Amérique, etc.
Leur présence est attribuée aux transports, à l'agriculture intensive, l'activité industrielle, les destructions des habitats. « Le phénomène d'atrophysation est naturel, le niveau d'eau dans les marais est toujours plus haut que celui des champs et l'on emploie moins d'engrais vu que les terres sont riches », réagissait un agriculteur.
Le « devenir », Colette Arnaud, la présidente de l'association Vivre avec le fleuve, l'a abordé pour dire que devant « le drame de la voie rapide », une réflexion est menée sur des aménagements pour rétablir la circulation de l'eau.
« On joue avec le feu »
Presqu'un détail aux yeux d'un pessimiste se demandant à propos de la mobilisation pour la préservation, « 95 % des espèces ont déjà disparu, n'est ce pas un combat perdu d'avance ? ».
Le débat touchait à sa fin lorsque Christian Vignaud Saunier, le président de Claire Aubarede, association ambésienne, posa une question très pertinente. Constatant que les scientifiques sont quasiment unanimes sur le réchauffement de la planète et la montée des eaux, il a indiqué que « des études démontrent qu'à la fin de ce siècle, la presqu'île se transformera en delta ». Et de demander si, dans ces conditions, il était bien sérieux d'envisager le développement d'habitats et d'industries.
Bernard Velasquez acquiesçait. Citant « le projet dans le centre-bourg de Saint-Louis-de-Montferrand », il s'étonnait qu'« il n'y ait rien sur la future montée des eaux ». « Trouvez-moi une étude où il en est question. Il n'y en a pas, dit-il en choeur avec des voix du public. Je suis d'accord avec vous, on joue avec le feu. » Auparavant, Michel Héritié, le maire ambarésien, avait précisé, à propos de développement industriel sur le port de Bassens, que la CUB avait fait réaliser « un état des lieux par activité ».