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Sur la rive droite de Bordeaux, un crématorium sera construit à côté de chez eux : "C’est la mort trop près de la vie?!"

Article publié le Vendredi 11 Décembre 2020 à 9H ( paru dans SUD OUEST )
Catégories : La mairie


Une partie des riverains
Une partie des riverains © Yannick Delneste

A Ambarès, les riverains du terrain où est projeté la construction du crématorium de Sainte-Eualie ne se résolvent pas à la perspective de voir un équipement de ce type fonctionner à quelques mètres de chez eux

Vous traversez la grande zone commerciale de Grand Tour et filez vers Ambarès en passant sous l’autoroute, puis à droite rue de Chauvet. Une centaine de mètres plus loin, la rue de la Commanderie-des-Templiers commence sur la gauche, marquée par le chantier d’un hôtel. "Le maire de Sainte-Eulalie est très fort pour faire construire plein de choses en bordure de sa commune, loin de son centre bourg mais près de chez nous", grogne Laurent Elie.

Il habite au 28 de cette rue partagée : à gauche, c’est Ambarès avec une dizaine de pavillons. À droite, c’est Sainte-Eulalie : personne à part un triangle de friche verte collé à l’autoroute. C’est sur ce terrain que la mairie eulalienne mène un projet de crématorium depuis trois ans via une délégation de service public accordée à la Société des crématoriums de France. "Je suis assistante maternelle et je m’occupe de quatre enfants", explique Sandrine Elie, son épouse. "Je ne conçois pas d’exercer mon activité à quelques mètres de ce genre d’établissement. C’est la morte trop près de la vie."

Nuisances psychologiques et matérielles

La future entrée de l’établissement d’incinération sera en face de leur portail, à une dizaine de mètres. Même si les promoteurs public et privé du projet mettent en avant que le bâtiment sera à l’arrière du terrain, les riverains n’en veulent pas. "Outre cet enjeu psychologique qui est loin d’être anodin, les nuisances à prévoir sont multiples : la circulation provoquée par 4 ou 5 crémations par jour, le bruit des appareils, de refroidissement notamment, les odeurs aussi."

Ce samedi de visite dans cette rue à la voirie étroite, le vent est à plutôt l’est, condition qui rabattrait les fumées vers le lotissement. "Les vents dominants sont d’ouest oui, mais voyez aujourd’hui : ça peut arriver", note Sandrine Elie. Quelques semaines plus tôt, Alain Pouget, directeur général de la Société des crématoriums de France assurait que l’intégration du site dans son environnement permettra de conjurer les nuisances en termes visuels, de circulation et de rejet". Les riverains n’y croient pas.

Hafida Zine habite au 30 de la rue. Elle se souvient très bien de ce jour d’octobre 2017 où elle a vu des engins nettoyer le terrain, opération lui mettant la puce à l’oreille. Mobilisation, pétition et création d’un collectif d’opposition, et le soutien bientôt de la mairie d’Ambarès et du député Alain David. "Le projet ici est un plan B : le crématorium prévu près du cimetière de Sainte-Eulalie avait déclenché en 2016, une opposition… d’Eulaliens", note M.Elie. "Un voisin voulait mettre sa maison en vente, mais dès que d’éventuels acheteurs apprennent le projet, ils ne viennent même pas visiter."

Aménagements

"J’habite ici depuis 21 ans", raconte Anne-Marie Girardin. "Quand je suis arrivée ici, je savais pour l’autoroute, et j’ai fait le choix de m’installer." Contrairement à nous, elle n’entend plus le bruit des camions et voitures. "Un crématorium change l’esprit du quartier. Un équipement de ce type, pour les voisins comme pour les gens qui y viennent, doit se trouver à moins 100 mètres de la première habitation."

Trois ans plus tard, le crématorium se profile de plus en plus : les feux juridiques sont au vert, le dernier étant l’autorisation préfectorale de construction (lire par ailleurs). Mais des procédures sont encore en cours malgré les aménagements proposés par Sainte-Eulalie : "Nous allons réaliser un mur végétal le long de la parcelle, un élargissement de la rue de l’entrée du crématorium à l’avenue de Saint-Loubès, et nous étudions la faisabilité d’un rond-point qui devrait rendre service à d’autres riverains", indique le maire Hubert Laporte.

"Cela ne changera rien : nous ne sommes pas contre le principe, moi aussi je veux me faire incinérer", dit Sandrine Elie. "Des propositions d’autres terrains ont été faites par Ambarès et d’autres communes : à part l’argent, je ne comprends pas cet entêtement."

Un jugement sûrement en janvier

Riverains et mairie d’Ambarès sont solidaires dans les procédures dont la collectivité assure la coordination. Après avoir été déboutés du recours contre la délibération instituant la délégation de service public, trois autres recours sont encore en route contre le permis de construire initial (juin 2019), un premier PC modificatif (21 octobre) et un second (23 décembre 2019). Ce dernier pourrait faire l’objet d’un jugement en janvier prochain. Sur ce terrain juridique, il se pourrait bien qu’un nouveau chapitre s’ouvre avec l’attaque de l’arrêté préfectoral d’octobre.

"Nous sommes sereins", déclare Hubert Laporte. Le maire d’Ambarès Nordine Guendez appelle, lui, à "sortir de l’ornière et à discuter". Les deux hommes se sont parlé à la rentrée : "je lui ai fait part de terrains mieux adaptés sur Ambarès mais pas que", explique-t-il. "Et lui ai assuré qu’on pouvait trouver un moyen qu’il s’y retrouve financièrement." C’est bien sûr un des enjeux du dossier : les 180.000 euros environ que rapporterait par an, la taxe sur les crémations."

 

Yannick Delneste - Journaliste Sud-Ouest